Art & Gourmandise

L’art de se simplifier le quotidien

Bien-être

Faut-il plastifier une vieille coupure de presse ?

En bref

La plastification d'une coupure de presse emprisonne les acides du papier journal dans une enveloppe hermétique, accélérant sa dégradation au lieu de la protéger.

Trois points à retenir

  1. La plastification combine chaleur et pression, modifie irrémédiablement la structure du papier et rend l'opération pratiquement impossible à inverser.
  2. Le papier journal, très acide depuis les années 1840, vieillit rapidement et la plastification enferme ses propres acides ainsi que ceux des colles dans une enveloppe qui ne respire plus.
  3. Les archivistes recommandent plutôt la numérisation ou la photocopie de la coupure, puis le rangement de l'original dans une chemise sans acide, à plat, dans un environnement stable.

La réponse en bref

Non, il ne faut pas plastifier une vieille coupure de presse car cela emprisonne les acides du papier et des colles, accélérant la dégradation. Il vaut mieux numériser ou photocopier la coupure et ranger l'original dans une chemise sans acide.

Pourquoi plastifier une coupure de presse abîme le papier

Un faire-part de mariage découpé dans le journal, un article sur un exploit sportif, une apparition télévisée d’un proche… Le réflexe est quasi universel : on file à la papeterie et on fait plastifier le tout pour le « protéger ». Le geste semble raisonnable, presque évident. Pourtant, les archivistes tirent immédiatement la sonnette d’alarme.

Le papier journal figure parmi les supports les plus vulnérables qui soient : pâte de bois fortement acide, encre instable, fibres qui se fragilisent rapidement sous l’effet de la lumière et de l’humidité. Les grands organismes de conservation — des Archives nationales américaines au gouvernement du Québec — publient des recommandations très précises à ce sujet. Et leur message réserve souvent une vraie surprise.

Ce que la plastification fait réellement subir au papier

Pour le National Archives and Records Administration, la position est sans ambiguïté : « Ne jamais laminer », rappelle l’institution américaine au sujet des documents que l’on souhaite préserver. La plastification combine chaleur et pression, emprisonnant la coupure entre deux feuilles plastiques collées ensemble. L’opération modifie irrémédiablement la structure du papier, introduit des adhésifs et rend l’ensemble pratiquement impossible à inverser — un constat que partage également la bibliothèque de l’Université de l’Illinois concernant les documents anciens.

Les spécialistes de l’Institut canadien de conservation précisent que le papier de presse, très acide depuis les années 1840, vieillit déjà rapidement de lui-même. En le plastifiant, on enferme ses propres acides ainsi que ceux des colles dans une enveloppe hermétique qui ne respire plus. Certains plastiques jaunissent avec le temps, deviennent cassants et peuvent même libérer une acidité supplémentaire. Une soudure défectueuse ou un micro-dommage suffit à laisser entrer l’humidité : piégée contre le papier, elle favorise les taches, les déformations, voire les moisissures, avec le risque de contaminer les documents environnants.

Conserver une coupure de journal : l’objet ou seulement l’information ?

Les Archives nationales américaines invitent à se poser une question fondamentale : cherche-t-on à préserver l’objet physique lui-même, ou uniquement ce qu’il raconte ? Si la coupure possède une forte valeur affective ou patrimoniale, elle mérite d’être traitée comme une pièce de collection à part entière.

Concrètement, cela signifie un environnement stable, autour de 16 à 21 °C avec 40 à 50 % d’humidité relative, loin des radiateurs, de la cuisine et des fenêtres exposées au soleil. La coupure se conserve à plat, dans une chemise ou une pochette de qualité archive sans acide, accompagnée si possible d’un papier de réserve alcaline pour neutraliser les réactions acides. Agrafes, trombones et rubans adhésifs sont à proscrire absolument.

Si l’essentiel est de garder une trace de l’information, les organismes de conservation recommandent plutôt la copie : numérisation haute résolution ou photocopie sur papier permanent. L’original reste alors stocké en sécurité, à l’abri de la lumière, tandis que la copie peut être manipulée, annotée ou affichée. On peut même plastifier cette copie sans aucun problème, puisque l’objet à préserver, lui, ne subit aucune transformation.

Quelles alternatives à la plastification pour protéger une coupure de presse ?

La première solution, souvent la plus accessible, consiste à numériser la coupure, puis à ranger l’original dans une chemise et une boîte carton sans acide adaptées au format. Le gouvernement du Québec recommande explicitement de « ne pas faire laminer » les documents sur papier et de privilégier des matériaux neutres pour tout rangement ou encadrement.

Pour un niveau de protection supérieur, certaines institutions recourent à l’encapsulation polyester : la coupure est simplement glissée entre deux films en polyester stable — types Mylar D ou Melinex 516 — fermés sur les bords, sans chaleur ni colle. Le procédé reste entièrement réversible.

Des ressources professionnelles comme celles du Smithsonian et des réseaux d’archives insistent sur un point crucial : encapsulation n’est pas plastification. Le document n’adhère pas au plastique, il est simplement maintenu, ce qui permet de l’extraire à tout moment pour un traitement futur. À l’inverse, les pochettes en PVC souple et les pochettes « bureau » bon marché sont à bannir — elles peuvent libérer des plastifiants et des acides néfastes.

Pour résumer les bons réflexes à adopter :

  • Ne pas plastifier la coupure originale.
  • La numériser ou la photocopier dès que possible.
  • Ranger l’original à plat, dans une chemise et une boîte sans acide.
  • Conserver l’ensemble dans une pièce tempérée et relativement sèche.
  • Exposer une copie encadrée plutôt que l’original.