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Pourquoi certains « savons de Marseille » sont parfumés alors que la recette d’origine ne l’est pas

En bref

Le savon de Marseille traditionnel, défini par l'UPSM comme un produit sans parfum ni colorant fabriqué dans les Bouches-du-Rhône, est concurrencé par des versions parfumées qui utilisent l'appellation sans protection juridique.

Trois points à retenir

  1. La charte de l'UPSM exclut tout parfum, colorant ou additif chimique de la recette traditionnelle du savon de Marseille
  2. L'absence de protection juridique permet aux industriels d'utiliser l'appellation pour des savons parfumés fabriqués hors région
  3. La présence du mot « Parfum » ou « Fragrance » dans la liste INCI signale un écart par rapport à la recette stricte

La réponse en bref

Certains savons de Marseille sont parfumés parce que l'appellation n'est pas protégée juridiquement, permettant aux fabricants d'ajouter parfums et colorants pour séduire les consommateurs, bien que cela contredise la recette traditionnelle sans additifs.

Un paradoxe qui intrigue au rayon hygiène

Devant le rayon savons, beaucoup de consommateurs marquent une pause. Des cubes estampillés Savon de Marseille à la lavande, à la rose ou à la verveine s’alignent sur les étagères. Pourtant, ils ont souvent entendu dire que le vrai savon de Marseille ne sent pratiquement rien, et que c’est justement cette sobriété qui fait sa réputation.

Alors, d’où vient cet écart flagrant entre l’image traditionnelle et ces produits aux senteurs prononcées ? Entre une histoire profondément locale et un succès commercial mondial, une zone grise s’est peu à peu installée. Aujourd’hui, le savon de Marseille parfumé envahit boutiques de souvenirs et grandes surfaces, mais derrière les étiquettes, les réalités sont très différentes.

Savon de Marseille traditionnel : une recette courte… et sans parfum

Pour les artisans regroupés au sein de l’Union des Professionnels du Savon de Marseille (UPSM), la définition ne souffre aucune ambiguïté. Leur charte repose sur trois piliers : la composition, le procédé de fabrication et l’origine géographique.

Concernant les ingrédients, l’UPSM est explicite : « Une liste d’ingrédients bien définie (huiles végétales, eau, sel, soude), sans parfums, sans colorants ni conservateurs ou additifs chimiques. » En clair, dès qu’un parfum entre dans la formule, on s’écarte du savon de Marseille traditionnel.

Le mode de fabrication est tout aussi encadré. Le savon doit être cuit en chaudron selon le procédé marseillais, qui se déroule en cinq étapes précises : empâtage, relargage, cuisson, lavage et liquidation. Après la cuisson, il subit un séchage prolongé. L’UPSM restreint de plus la zone de production au seul département des Bouches-du-Rhône.

Une demande d’Indication Géographique avait été déposée auprès de l’INPI le 22 décembre 2015, mais la base publique affiche un statut « Demande rejetée ». Sans protection juridique officielle, cette définition ne repose que sur une marque collective privée portée par l’UPSM.

Pourquoi voit-on partout des savons de Marseille parfumés ?

L’absence de protection juridique solide a transformé le nom Savon de Marseille en argument marketing bien plus qu’en garantie de qualité. De nombreux industriels s’emparent de cette appellation pour des savons fabriqués hors de la région, parfois élaborés à partir de bondillons — des copeaux de savon achetés prêts à l’emploi — qu’ils refondent, colorent et parfument ensuite.

Cette fabrication fractionnée permet de décliner facilement toute une gamme de variantes parfumées. Les attentes des acheteurs amplifient encore le phénomène : un cube beige ou vert à l’odeur discrète attire bien moins l’œil sur un présentoir touristique qu’un savon violet « lavande de Provence ».

Les marques l’ont parfaitement intégré. Elles ajoutent des parfums évoquant le linge frais, les fleurs ou les agrumes, et parfois des colorants, pour transformer le produit en objet cadeau séduisant. Techniquement, il s’agit toujours d’un savon — mais il ne répond plus aux critères retenus par l’UPSM, même si le mot Marseille figure en grand sur l’emballage.

Comment distinguer le traditionnel des versions parfumées ?

En magasin, le premier réflexe est simple : retourner le produit et lire la liste INCI. La présence du mot Parfum ou du terme Fragrance signale immédiatement qu’on ne se trouve plus dans la recette stricte.

Un authentique savon de Marseille conforme à la charte de l’UPSM se limite à quelques ingrédients : des huiles saponifiées — comme le sodium olivate ou le sodium cocoate — de l’eau, du sel et de la soude. Rien d’autre.

Un second repère existe : le logo collectif de l’UPSM, reconnaissable à son cube vert stylisé. Il signale un savon conforme au cahier des charges, même s’il ne s’agit pas d’un label officiel d’État.

Un savon de Marseille parfumé n’est pas nécessairement à fuir : il peut tout à fait plaire pour son odeur ou son esthétique. Mais pour quiconque cherche le savon cuit en chaudron, sans additifs, fabriqué dans les Bouches-du-Rhône, la mention Parfum sur l’étiquette doit être le signal d’alerte qui invite à regarder de plus près.