Art & Gourmandise

L’art de se simplifier le quotidien

Bien-être

Manifestations du 31 octobre : un blocage des réseaux sociaux est-il envisageable ? Ce que répondent Orange, SFR et Bouygues

En bref

Le gouvernement français envisage de bloquer l'accès à certains réseaux sociaux comme TikTok, Instagram, Snapchat et X via les opérateurs Orange, SFR et Bouygues Telecom lors des manifestations du 31 octobre 2026, mais aucune décision officielle n'a été prise et un tel blocage devrait respecter des conditions juridiques strictes après l'annulation par le Conseil d'État d'une mesure similaire en Nouvelle-Calédonie.

Trois points à retenir

  1. Un amendement gouvernemental adopté au Sénat le 27 octobre 2026 permet le blocage de contenus en ligne sous conditions, mais doit encore achever son parcours parlementaire.
  2. Le Premier ministre Sébastien Lecornu aurait demandé aux opérateurs de se tenir prêts à un blocage ciblé en 4G et 5G dans certaines zones géographiques, sans confirmation officielle.
  3. Le Conseil d'État a annulé le 1er avril 2025 le blocage de TikTok en Nouvelle-Calédonie, jugeant la mesure disproportionnée et établissant qu'un tel blocage n'est légal que dans des circonstances exceptionnelles.

La réponse en bref

Aucune coupure généralisée des réseaux sociaux n'est automatiquement autorisée pour le 31 octobre. Les opérateurs peuvent être amenés à exécuter une mesure légalement fondée, mais la tenue d'une manifestation ne suffit pas en elle-même à justifier la fermeture d'Instagram, TikTok ou Snapchat.

Le gouvernement face aux réseaux sociaux avant le 31 octobre

Instagram, TikTok, Snapchat, X — ces applications font partie du quotidien de millions de Français. Mais à l’approche des manifestations prévues le samedi 31 octobre 2026, une question agite les esprits : l’État pourrait-il contraindre les opérateurs téléphoniques à couper l’accès aux réseaux sociaux ? Dans un contexte de tensions sociales persistantes, l’exécutif cherche à muscler ses outils contre les appels à la violence qui circulent en ligne.

La situation a pris une dimension concrète depuis le 27 octobre 2026, lorsqu’un amendement gouvernemental a été adopté au Sénat, dans le cadre du projet de loi « casseur-payeur ». Ce texte ouvre la voie à de nouveaux mécanismes pour faire retirer certains contenus en ligne, avec la possibilité d’un blocage sous conditions précises. Mais cela signifie-t-il que les abonnés d’Orange, SFR, Free ou Bouygues Telecom risquent de perdre l’accès à leurs applications dès samedi ? La réalité est bien plus complexe qu’une simple coupure décidée du jour au lendemain.

Pourquoi le gouvernement envisage d’agir contre certains réseaux sociaux le 31 octobre

Confronté à une succession de mobilisations, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a affiché sa volonté de stopper la diffusion de messages incitant à la violence. Lors d’une intervention sur RTL, il a pointé des publications circulant en amont du rassemblement du 31 octobre. « Au moment où on se parle, il y a des appels qui circulent pour samedi prochain et qui sont des appels à l’insurrection », a-t-il déclaré. L’exécutif veut donc disposer d’une capacité de réaction rapide, avant que ces contenus ne contribuent à alimenter des débordements.

Pour y parvenir, le gouvernement envisage de s’appuyer sur Pharos, la plateforme officielle dédiée au signalement des contenus illicites sur Internet. Ce dispositif permet déjà à tout internaute de signaler des publications potentiellement délictueuses. L’amendement va cependant plus loin : si les contenus visés ne sont pas supprimés dans un délai de 24 heures, l’autorité administrative pourrait réclamer le blocage et le déréférencement des sites concernés. Laurent Nuñez a néanmoins tenu à préciser qu’il n’est pas question de fermer l’ensemble des plateformes sociales, mais bien de cibler les publications illégales.

Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom pourraient-ils couper l’accès aux applications ?

La question prend encore plus de relief au regard des informations publiées par Blast : le Premier ministre Sébastien Lecornu aurait demandé aux principaux opérateurs français de se tenir prêts à un éventuel blocage, avant les manifestations du 24 octobre. Les plateformes concernées auraient été TikTok, Instagram, Snapchat et X. Le dispositif envisagé aurait ciblé certaines zones géographiques, avec une restriction limitée aux connexions mobiles en 4G et 5G. Il s’agit toutefois d’informations de presse : aucune décision officielle de coupure pour le 31 octobre n’a été formellement établie.

Orange n’a ni confirmé ni infirmé avoir reçu une telle demande. L’opérateur a simplement rappelé qu’il est tenu de se conformer aux obligations légalement notifiées par les autorités compétentes. En pratique, un opérateur ne peut pas choisir librement de bloquer Instagram ou TikTok pour des raisons politiques. Toute restriction imposée par l’État doit reposer sur un fondement juridique solide et respecter les libertés fondamentales. L’avocat spécialisé en droit du numérique Matthieu Quiniou souligne d’ailleurs la complexité d’une telle mesure, notamment au regard de la liberté d’expression et du principe de proportionnalité. Une simple demande gouvernementale ne suffit donc pas à rendre une coupure légalement valide.

Ce que dit réellement la loi sur le blocage des réseaux sociaux

Un précédent français existe pourtant bel et bien. En mai 2024, l’accès à TikTok avait été suspendu en Nouvelle-Calédonie, en pleine période d’émeutes graves. Ce blocage avait été maintenu du 15 au 29 mai, dans un contexte de violence exceptionnelle. Mais la mesure a ensuite été soumise à l’examen du Conseil d’État. Le 1er avril 2025, la plus haute juridiction administrative française a annulé cette interdiction, jugeant qu’elle portait une atteinte disproportionnée aux libertés. Les juges ont reproché au gouvernement d’avoir coupé totalement l’accès à la plateforme pour une durée indéterminée, sans explorer des alternatives moins restrictives.

Cette décision constitue désormais une référence incontournable. Un blocage temporaire d’un réseau social peut être légal dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, mais uniquement s’il est strictement indispensable, qu’aucune mesure moins contraignante ne peut répondre à la situation, et que sa durée reste rigoureusement encadrée. À l’approche du 31 octobre, aucune coupure généralisée des réseaux sociaux n’est donc automatiquement autorisée. Par ailleurs, l’amendement adopté au Sénat doit encore achever son parcours parlementaire avant d’être applicable. Pour les Français, le message est clair : si les opérateurs peuvent être amenés à exécuter une mesure légalement fondée, la tenue d’une manifestation ne suffit pas en elle-même à justifier la fermeture d’Instagram, TikTok ou Snapchat.