En bref
Un percement de façade pour un poêle à granulés sans autorisation de l'assemblée générale de copropriété peut entraîner une mise en demeure du syndic et une obligation de remise en état aux frais du copropriétaire.
Trois points à retenir
- La loi du 10 juillet 1965 impose une autorisation préalable de l'assemblée générale pour tout percement de façade, partie commune de l'immeuble
- Le cahier 3708 V3 du CSTB impose des distances minimales strictes entre le terminal et les ouvertures (de 1 à 6 m selon les cas)
- Une régularisation reste possible par ratification en assemblée générale après réalisation des travaux, selon la même majorité requise
La réponse en bref
Le syndic intervient car le percement de façade sans autorisation préalable de l'assemblée générale viole la loi du 10 juillet 1965. Une régularisation par vote en assemblée générale reste possible, sinon le juge peut ordonner la démolition et le rebouchage aux frais du copropriétaire.
J’ai fait percer la façade pour mon poêle à granulés : pourquoi le syndic m’écrit six mois après
L’idée semblait parfaite : un poêle à granulés flambant neuf, une sortie ventouse discrète percée en façade, et des factures de chauffage enfin sous contrôle. Puis, six mois plus tard, une lettre recommandée du syndic est apparue dans la boîte aux lettres. Mise en demeure, rappel du règlement de copropriété, menace de remise en état… C’est souvent à cet instant précis que les copropriétaires réalisent que ce simple trou dans le mur n’avait rien d’une décision purement personnelle.
Le scénario se répète dans de nombreux immeubles : pour éviter un tubage jusqu’au toit, on opte pour une sortie ventouse en façade, l’installateur intervient, et personne ne pense à solliciter l’autorisation de l’assemblée générale. Tant que l’appareil fonctionne, on se rassure. Jusqu’au jour où le syndic rappelle que la façade est une partie commune et qu’aucun vote n’a jamais eu lieu. La question qui surgit alors est simple : que se passe-t-il concrètement ?
Façade de copropriété et poêle à granulés : pourquoi le syndic intervient
Sur le plan juridique, tout repose sur la loi du 10 juillet 1965. Son article 25 b impose une autorisation préalable de l’assemblée générale pour tout travail réalisé par un copropriétaire dès lors qu’il touche aux parties communes ou à l’aspect extérieur de l’immeuble. Une façade percée pour laisser passer un terminal de 40 cm remplit ces deux conditions simultanément. Le vote doit rassembler la majorité des voix de l’ensemble des copropriétaires, présents ou absents, ce qui signifie qu’un absent est automatiquement compté comme un opposant.
Ni le syndic, ni le conseil syndical, ni même une disposition du règlement de copropriété ne peuvent remplacer ce vote obligatoire. Un « pas de problème » murmuré dans un couloir par le gestionnaire n’a strictement aucune valeur juridique. La façade, qu’elle soit côté rue ou côté cour, demeure une partie commune : le mur traversé par la ventouse n’appartient pas qu’à l’occupant concerné. Lorsqu’un percement est réalisé sans accord, le courrier du syndic constitue un avertissement formel avant une éventuelle action en justice.
Sortie ventouse en façade : un cadre technique très strict
Du côté des règles techniques, la référence incontournable est le cahier 3708 V3 du CSTB, approuvé le 26 mars 2024. La sortie en façade est réservée exclusivement aux poêles à granulés étanches, raccordés à un conduit concentrique prévu pour cette configuration et autorisé par le fabricant ou par un avis technique. Elle reste formellement interdite dans tout logement neuf de moins de trois ans. Pour un poêle à bûches, la ventouse en façade est tout simplement exclue, quel que soit l’argument avancé par l’installateur.
Les distances réglementaires à respecter déterminent souvent la faisabilité du projet. Le terminal doit se situer à au moins 2 m du sol, à 1 m d’un mur sans ouverture, à 4 m face à un ouvrant du même logement, et jusqu’à 6 m lorsqu’il se trouve en face de la fenêtre d’un voisin. Le cahier du CSTB précise que ces règles s’appliquent simultanément à tous les ouvrants et entrées d’air présents sur la façade : une seule fenêtre trop proche suffit à invalider entièrement l’emplacement choisi.
Percement déjà réalisé : comment régulariser son poêle à granulés en copropriété
Dans la majorité des situations, la première lettre du syndic reste un avertissement, sans constituer immédiatement une procédure judiciaire. Cependant, en l’absence d’autorisation, le juge des référés peut ordonner la démolition de la sortie et le rebouchage du mur aux frais du copropriétaire fautif : le poêle, déjà entièrement payé, se retrouve alors sans aucun dispositif d’évacuation des fumées. Une voie de régularisation existe néanmoins : l’assemblée générale peut ratifier les travaux après leur réalisation, selon la même majorité que si l’autorisation avait été accordée en amont. Par ailleurs, si le projet recueille au moins un tiers des voix, l’article 25-1 autorise un second vote à la majorité simple.
Pour éviter d’en arriver à cette situation délicate, quelques réflexes essentiels permettent de sécuriser un projet de poêle à granulés dès le départ.
- Consulter le règlement de copropriété et obtenir l’accord formel de l’assemblée générale avant tout percement.
- Déposer une déclaration préalable en mairie après le vote, dès lors que les travaux modifient l’aspect de la façade.
- Choisir un installateur RGE et attendre la décision officielle de la copropriété avant de lancer les travaux.


