Payer une maison le prix d’une baguette de pain, cela paraît totalement improbable. Et pourtant, deux familles sont bel et bien devenues propriétaires pour seulement 1 euro dans une petite commune française. Une histoire qui frise l’incroyable, même si cette acquisition à prix symbolique s’accompagne de quelques conditions non négligeables.
C’est dans le Cher, à Saint-Amand-Montrond, que ce dispositif immobilier hors du commun a pris forme. Afin de redonner du souffle à son centre-ville, cette commune d’environ 10 000 habitants a choisi de céder deux maisons anciennes à un prix purement symbolique. Lisette et Raoudhoïti ont toutes deux tenté l’aventure. Mais derrière ce prix imbattable, le montant des travaux de rénovation représente une somme loin d’être négligeable.
Une maison à 1 euro : cette mère de famille a d’abord cru à une arnaque
Lorsque Lisette tombe sur une annonce proposant une maison à 1 euro, sa réaction initiale est on ne peut plus humaine. « Je n’y croyais pas. J’ai pensé que c’était une arnaque », confie cette mère de deux enfants. Curieuse malgré tout, elle compose le numéro figurant sur l’annonce. Surprise : c’est bien la mairie de Saint-Amand-Montrond qui décroche. « Je ne connaissais pas du tout », admet-elle.
La jeune femme se prend alors d’intérêt pour cette commune du Cher, où elle pourrait enfin concrétiser son projet immobilier. Pour candidater, Lisette doit constituer un dossier et rédiger une lettre de motivation. « J’ai écrit avec le cœur. J’ai toujours rêvé d’être propriétaire. » Sa sincérité convainc la municipalité, qui la retient parmi les nombreux candidats en lice.
En décembre 2022, elle signe l’acte d’achat. Le logement représente environ 90 m² et trois pièces. Mais emménager immédiatement est impossible : la bâtisse réclame une remise à neuf intégrale, de la plomberie jusqu’à la toiture. « Tout était à refaire. La maison n’était pas en ruine, mais plus aux normes », explique Lisette. Le coût des travaux est estimé à 120 000 euros, voire dans une fourchette allant de 90 000 à 150 000 euros selon les sources. Entre démarches administratives, recherche d’artisans et flambée du prix des matériaux, le chantier s’étire dans le temps. Finalement, Lisette et son mari posent leurs valises dans leur nouvelle maison le 1er janvier 2025.
Une deuxième famille acquiert une maison à 1 euro et prévoit 150 000 euros de travaux
L’aventure de Lisette a fait des émules. En 2024, Saint-Amand-Montrond lance un nouvel appel à candidatures pour céder une deuxième maison au même tarif symbolique. Cette fois, c’est Raoudhoïti et son mari qui sautent le pas. À l’époque, Raoudhoïti exerce à Mayotte et effectue régulièrement des allers-retours vers la région parisienne, où réside son époux. Le couple, avec leur petite fille, aspire à changer de cadre de vie. « On voulait s’installer dans une ville moyenne, quitter l’Île-de-France », confie-t-elle.
Quand elle découvre l’annonce, Raoudhoïti connaît déjà l’existence des maisons vendues à prix symbolique, sans pour autant croire qu’elle pourrait en bénéficier : « Je savais que ça existait, mais je ne pensais pas tomber sur une vraie opportunité. » Le couple dépose son dossier en juin 2024. Après plusieurs mois d’attente, la réponse est favorable. Un compromis de vente est signé en janvier 2025, puis l’acte définitif est officialisé le 26 août 2025. La maison séduit immédiatement le couple, en particulier grâce à sa localisation. « Elle est au centre-ville, tout près des structures pour notre petite fille. C’est très tranquille, verdoyant, propre… C’est à l’opposé de la vie en région parisienne. »
Reste désormais à transformer ce bien ancien en logement confortable. Le programme des travaux inclut une réfection complète de la toiture, une extension côté cour et une rénovation générale. Avantage non négligeable : son mari est entrepreneur dans le bâtiment et maîtrise parfaitement les contraintes de ce type de chantier. Le couple a budgété 150 000 euros, « pour être large », précise Raoudhoïti, tout en espérant dépenser moins. En attendant la fin des travaux, la famille occupe un autre logement loué à Saint-Amand-Montrond.
Acheter une maison à 1 euro en France : quelles conditions faut-il remplir ?
Si ces deux familles ont pu acquérir un bien immobilier pour une somme aussi symbolique, ce n’est pas le fruit du hasard. La mairie de Saint-Amand-Montrond impose plusieurs exigences aux candidats, afin de garantir que les logements seront effectivement rénovés et habités. Le dispositif s’adresse à des personnes souhaitant accéder à la propriété et disposant des capacités financières pour assumer les travaux. Pour la deuxième maison mise en vente en 2024, les engagements à respecter étaient les suivants :
- Être primo-accédant, selon les critères définis par la commune.
- Faire du logement sa résidence principale pendant au moins dix ans.
- Présenter un dossier financier solide couvrant le coût des rénovations.
- Respecter le cahier des charges et le calendrier des travaux établis par la municipalité.
- Rénover le logement, notamment pour améliorer ses performances énergétiques et remettre les installations aux normes.
Ces obligations peuvent évoluer d’une opération à l’autre. Pour la première maison achetée par Lisette en 2022, la durée minimale d’occupation était fixée à six ans, contre dix ans pour la deuxième vente. La municipalité examine chaque candidature avec soin. Francis Blondieau, premier adjoint au maire, a expliqué : « On a reçu une centaine de candidatures. Une commission a étudié les dossiers et sélectionné les plus solides, notamment sur le plan financier, pour éviter de faire rêver des gens sans qu’ils aient les moyens de mener les travaux à bien. »
Car une maison achetée à 1 euro ne revient évidemment pas à 1 euro au total. Il convient d’y ajouter les frais de notaire, le coût des travaux et les imprévus inévitables. Des aides financières peuvent alléger la facture selon les ressources du ménage et la nature du projet. À Saint-Amand-Montrond, ce type de vente permet également de réhabiliter des bâtiments communaux parfois laissés à l’abandon depuis de nombreuses années. Francis Blondieau résumait l’enjeu en parlant d’« une publicité pour notre commune ». Fort du succès de ces deux opérations réalisées en 2022 et 2025, la municipalité a décidé, en décembre 2025, de pérenniser son dispositif de maisons à 1 euro. Une étude doit permettre d’identifier d’autres biens pouvant être proposés à de futurs acquéreurs.


