Sous la montagne de Guadix, une grotte devenue maison de luxe
Et si votre prochaine maison se trouvait creusée dans la roche ? En Espagne, certains logements défient toute convention architecturale. Pas de toit traditionnel, pas de murs en briques : les pièces sont taillées directement dans la montagne. Longtemps associées à la précarité, ces habitations troglodytiques vivent aujourd’hui une renaissance spectaculaire, avec des prix qui grimpent jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros.
C’est précisément dans ce type d’habitat qu’a choisi de vivre Torcuato, un photographe espagnol, depuis plus de deux décennies. En 2002, il acquiert une grotte à Guadix, dans la province de Grenade, en Andalousie, pour environ 15 000 euros. Après une année entière de travaux, il s’y installe définitivement en 2003. À cette époque, ce genre de bien immobilier suscitait peu d’enthousiasme chez les acheteurs. Aujourd’hui, des propriétés similaires s’affichent aux alentours de 300 000 euros — une transformation de valeur que Torcuato a relatée dans une vidéo du créateur de contenu Diego Revuelta, récemment relayée par le média argentin TN.
Comment Torcuato a transformé une simple grotte à 15 000 € en véritable habitation
À Guadix, en Andalousie, les maisons excavées dans la roche font partie intégrante du patrimoine local depuis des générations. Dans le célèbre quartier des grottes, des façades blanchies à la chaux émergent des collines argileuses, leurs cheminées pointant directement hors du sol. Derrière ces entrées souvent discrètes se dissimulent de vraies maisons, dont les pièces plongent progressivement sous la surface.
C’est dans ce cadre singulier que Torcuato s’est établi. Lorsqu’il achète sa grotte en 2002 pour environ 15 000 euros, l’endroit réclame d’importants travaux d’aménagement. Le photographe prend lui-même en charge une grande partie du chantier pour rendre le lieu habitable, avant d’y emménager l’année suivante.
À l’intérieur, une partie de la maison occupe une structure bâtie de manière classique, tandis que d’autres pièces sont entièrement creusées dans la montagne. Certains espaces se trouvent sous une couche de roche et de terre particulièrement épaisse. Selon Torcuato, 15 à 20 mètres de montagne surplombent certaines pièces. Cette configuration procure un avantage inattendu : une isolation phonique remarquable. Les sons extérieurs s’effacent presque totalement, créant une atmosphère d’une sérénité rare. « Ici, il n’y a pas de bruit. Le repos est total », confie le photographe, dans des propos relayés par le quotidien argentin Clarín.
« Ils les recherchent comme un trésor » : ces grottes désormais très prisées sur le marché immobilier
Pour saisir cet engouement, il faut remonter quelques décennies en arrière. Dans les années 1970, habiter une grotte était encore perçu comme un signe de pauvreté dans certaines familles de Guadix. Ceux qui en avaient la possibilité quittaient ces logements pour rejoindre des maisons ordinaires. Torcuato se souvient parfaitement de cette période où vivre sous terre n’avait aucun prestige.
Mais les mentalités ont radicalement évolué. « Ils les recherchent comme un trésor », déclare le photographe au sujet des acheteurs actuels, fascinés par ce patrimoine atypique. Une véritable réhabilitation pour des habitations longtemps ignorées. Cette nouvelle cote d’amour se traduit directement dans les prix : lors de son reportage, Diego Revuelta découvre une maison troglodytique estimée à environ 300 000 euros. Les tarifs varient selon la superficie, l’emplacement, l’état général du bien et la qualité des rénovations.
Certaines de ces anciennes grottes sont aujourd’hui reconverties en hébergements touristiques haut de gamme, dotés d’équipements modernes et d’une décoration soignée. Le contraste est frappant : ces logements autrefois symboles de difficultés sociales sont devenus des propriétés recherchées pour leur authenticité et leur caractère unique.
Un confort thermique naturel étonnant, été comme hiver
Au-delà de leur aspect insolite, les maisons troglodytiques offrent de réelles performances thermiques. L’épaisse couche de terre qui enveloppe les pièces agit comme un régulateur naturel de température. Alors que les étés andalous peuvent être étouffants, l’intérieur de ces habitations reste d’une fraîcheur stable et agréable. Torcuato indique ainsi se passer aussi bien de chauffage que de climatisation.
Cette caractéristique suscite un intérêt grandissant à l’heure où les propriétaires cherchent à réduire leurs factures énergétiques. Il convient cependant de noter que toutes les grottes ne présentent pas les mêmes performances : leur confort dépend largement de leur conception, de leur ventilation et de la qualité des travaux réalisés.
Car vivre sous terre implique aussi quelques contraintes spécifiques. Dans les pièces les plus enfouies, l’absence de fenêtres réduit l’apport de lumière naturelle et peut compliquer le renouvellement de l’air. Des solutions adaptées doivent donc être mises en place pour éviter l’humidité et garantir une bonne aération. La stabilité du terrain et l’état des parois doivent également être vérifiés avec soin.
Malgré ces impératifs, le parcours de Torcuato illustre parfaitement le retour en grâce d’une architecture longtemps sous-estimée. Plus de vingt ans après son installation à Guadix, son habitation démontre qu’une maison originale ne se juge pas uniquement à son prix ou à sa superficie, mais surtout à la qualité de vie qu’elle procure. Et visiblement, les anciennes grottes andalouses ont encore de beaux jours devant elles.


