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Avec le froid, forte odeur de gaz dans l’immeuble : cette erreur banale peut provoquer une explosion

Une odeur d’œuf pourri qui surgit dans la cage d’escalier en plein hiver, alors que toutes les fenêtres de l’immeuble sont fermées. Le réflexe naturel de la plupart des gens est de regarder autour d’eux, d’appuyer sur l’interrupteur du palier ou de sonner chez un voisin pour s’assurer que tout va bien. Or, ce sont précisément ces gestes que les sapeurs-pompiers s’efforcent de faire éviter à tout prix.

Quand les températures chutent, les chaudières et chauffages au gaz fonctionnent plus intensément, ce qui augmente considérablement les risques de fuite. Le sergent Abel Allende, du Service d’Extinction des Incendies de Palencia, résume la situation clairement : face à une forte odeur de gaz dans un immeuble, il faut prévenir les voisins «sans utiliser l’ascenseur, les sonnettes ni les lumières». Une consigne qui surprend au premier abord, mais qui repose sur une logique absolument concrète.

Odeur de gaz dans l’immeuble : pourquoi il ne faut toucher à aucun interrupteur

Pour les pompiers, une forte odeur de gaz dans les parties communes d’un bâtiment signifie avant tout suspicion de fuite de gaz naturel, de butane ou de propane. Ces gaz sont naturellement inodores ; ce sont les distributeurs qui y ajoutent un composé odorant — souvent du tétrahydrothiophène — précisément pour qu’une fuite, même minime, puisse être détectée.

«Le premier incident signale une possible fuite de combustible», rappelle Abel Allende. Et cette fuite peut se transformer en explosion dès lors que le mélange air-gaz rencontre la moindre étincelle. C’est là que réside le danger souvent sous-estimé.

Chaque moteur d’ascenseur, chaque sonnette et chaque interrupteur d’éclairage génère une petite étincelle à chaque déclenchement. Allende est formel : «Si la concentration est dans la plage d’explosivité, la simple étincelle d’un interrupteur peut provoquer une déflagration.» Pour le gaz naturel, ce seuil se situe entre 5 % et 15 % de gaz dans l’air, un niveau facilement atteint dans une cage d’escalier mal ventilée.

Un autre point essentiel à retenir : odeur de gaz et mauvaise combustion de chaudière ne représentent pas le même type de danger. «L’odeur de gaz et une mauvaise combustion de la chaudière sont deux incidents complètement distincts», insiste le sergent Abel Allende.

Odeur de gaz dans les parties communes : comment prévenir les voisins en toute sécurité

Lorsque l’odeur est principalement présente sur le palier ou dans la cage d’escalier, les pompiers recommandent d’agir rapidement, mais sans céder à la panique. La priorité absolue est de ventiler la colonne d’escalier en ouvrant les fenêtres à la main, sans toucher au moindre bouton électrique.

Il faut ensuite alerter les habitants pour qu’ils évacuent la zone, toujours sans recourir à un appareil susceptible de produire une étincelle — y compris le téléphone portable tant que l’on se trouve dans la zone olfactive.

Les secours et GRDF recommandent de suivre cette séquence précise :

  • Ouvrir largement les fenêtres et portes de la cage d’escalier, manuellement.
  • Avertir les voisins en frappant aux portes avec les jointures des doigts ou en appelant à voix haute, sans utiliser les sonnettes ni l’ascenseur.
  • Évacuer l’immeuble calmement en empruntant uniquement les escaliers.
  • Une fois à l’extérieur, appeler le 112, le 18 ou le numéro Urgence Sécurité Gaz de GRDF : le 0 800 47 33 33 (appel gratuit, disponible 24 h/24).

Dans le logement : bons réflexes et risque invisible du monoxyde de carbone

Si l’odeur est surtout perceptible à l’intérieur d’un appartement, les gestes diffèrent légèrement, mais le principe reste identique : diluer le gaz et éloigner toute source de flamme ou d’étincelle. Les pompiers conseillent d’ouvrir immédiatement fenêtres et portes, de fermer la robinetterie des appareils ou l’arrivée de gaz si cela est possible sans danger, puis de couper le courant au disjoncteur principal uniquement si on peut l’atteindre sans traverser une zone saturée en odeur.

Tous les occupants doivent ensuite quitter le logement et appeler les secours depuis l’extérieur du bâtiment.

Les équipes de secours alertent également sur le danger du monoxyde de carbone, gaz totalement invisible et inodore produit par une mauvaise combustion. Plusieurs signaux doivent mettre la puce à l’oreille : une flamme de chaudière qui jaunit, des traces de suie, une condensation anormale sur les vitres, ou encore des maux de tête, vertiges, nausées et somnolence touchant plusieurs personnes simultanément.

En France, le Ministère de la Santé et l’Assurance maladie recensent environ 3 000 personnes intoxiquées par an et une centaine de décès liés au CO. Les chaudières dites atmosphériques, qui puisent l’air directement dans la pièce, sont selon Abel Allende «les plus dangereuses». C’est pourquoi l’entretien annuel obligatoire prévu par le décret n°2009-649 est si important, tout comme l’installation de détecteurs de gaz ou de monoxyde de carbone à piles, capables de déclencher une alarme dès les premières concentrations anormales.