En bref
Josune, propriétaire d'un appartement à Málaga acheté pour ses enfants, ne peut le récupérer depuis trois ans après que son locataire initial a revendu les clés à d'autres occupants sans son consentement.
Trois points à retenir
- Le locataire initial a vendu les clés de l'appartement à quatre personnes qui occupent désormais le logement sans l'accord de la propriétaire
- La vente informelle de clés d'appartements en Espagne se pratique à des prix variant entre 1 200 et 6 000 euros selon l'état du bien
- Les enfants de Josune ne peuvent toujours pas emménager dans l'appartement acheté pour leurs études et vivent en dehors de Málaga
La réponse en bref
Josune ne peut pas récupérer son appartement car les occupants actuels, qui ont acheté les clés au locataire initial, refusent de partir et ne paient plus de loyer, tandis que la procédure judiciaire reste en attente.
Un appartement acheté pour ses enfants, accaparé par des inconnus
À Málaga, une mère de famille avait un projet simple et concret : acheter un appartement pour que ses enfants puissent y vivre le temps de leurs études. Trois ans plus tard, la réalité est tout autre. Ses enfants habitent toujours loin de la ville, tandis que des inconnus occupent ce logement qui leur était destiné. Promesses non tenues, sous-locations en cascade et clés revendues dans le dos de la propriétaire — l’histoire de Josune illustre un phénomène discret mais bien ancré : la vente des clés.
Ce cas, révélé par Canal Málaga puis relayé par le quotidien La Razón, s’inscrit dans un contexte préoccupant pour les bailleurs espagnols. La morosité moyenne a grimpé de 16,5 % en 2025, contre 4,23 % l’année précédente. Dans ce climat, 70 % des propriétaires privilégient désormais la limitation des risques juridiques au détriment du rendement locatif.
Plaza de Miraflores : quand un locataire revend l’accès à un bien qui ne lui appartient pas
En 2023, Josune fait l’acquisition d’un appartement situé sur la Plaza de Miraflores, à quelques minutes de l’Université de Málaga. En attendant que ses enfants atteignent l’âge d’entrer à l’université, une entreprise immobilière est mandatée pour trouver un locataire provisoire.
La suite, Josune la raconte elle-même : « Ce constructeur a fait entrer une famille pour vivre ici sans que je sache qui ils étaient, cette personne a disparu, la famille est restée, elle m’a contactée, ils m’ont dit qu’ils voulaient continuer à payer le loyer, ils ont payé un temps, des mois plus tard j’ai demandé à récupérer mon logement pour que mes enfants puissent étudier et j’ai fini par réussir à les faire partir, mais avant de s’en aller il a vendu la clé et quand je l’ai su j’avais déjà quatre personnes à l’intérieur vivant sans mon consentement, qui avaient acheté la clé à cette personne qui avait vécu là ».
Confrontée à ces quatre nouveaux occupants, la propriétaire tente de trouver un arrangement. Elle leur propose un contrat en demandant à chacun ce qu’il peut verser. Leur réponse : 200 euros par personne. Un montant qu’elle juge raisonnable. Résultat : deux paiements, puis plus rien. « Alors je me sens dans une roue dont je ne peux pas sortir », confie-t-elle. Son fils, pendant ce temps, étudie et travaille en dehors de Málaga. Sa fille vit à Ronda, faute de logement disponible dans la capitale andalouse.
La vente des clés : un marché informel aux tarifs bien établis
Les associations de propriétaires désignent sous le terme d’inquiokupación ces situations où un bail est signé avec l’intention délibérée de cesser rapidement de payer, tout en exploitant la lenteur des procédures judiciaires. Mais dans certains cas, le locataire initial franchit un cap supplémentaire : il revend l’accès au logement à d’autres personnes, de manière totalement informelle.
Des reportages télévisés diffusés en Espagne décrivent un véritable petit marché parallèle. Les prix varient selon l’état du bien et la ville : des clés proposées autour de 1 200 euros, d’autres entre 2 000 et 2 500 euros, voire 3 000 ou 4 000 euros, parfois jusqu’à 6 000 euros. Chaque transaction transfère l’occupation d’un logement sans que le propriétaire légitime en soit informé, ni consulté.
Cette succession d’occupants complique considérablement les démarches en justice. Dans le dossier de Josune, la plainte a bien été déposée, mais elle attend toujours d’être pleinement traitée. Son avocat résume la situation en soulignant que les délais jouent systématiquement « contre la propriété ». Il ajoute que les occupants invoquent invariablement des difficultés financières : « Ils trouvent toujours une excuse. Si ce n’est pas l’une, c’est l’autre. Mais, comme je dis, regardez, si vous ne pouvez pas payer 10, vous pouvez peut-être payer 2. Mais zéro, là non ».
Des propriétaires fragilisés que personne ne semble protéger
Pour Josune, le problème va bien au-delà d’un simple impayé. Elle pointe une injustice qui touche les petits bailleurs, souvent invisibles dans le débat public sur le logement : « Il y en a un qui entre, fait commerce avec mon appartement et moi je ne peux rien faire et mes enfants attendent sans savoir non plus, mon fils étudie dehors, travaille dehors et ma fille aussi à Ronda parce qu’elle ne peut pas vivre à Málaga, alors c’est une injustice ».
Elle reconnaît que les discussions publiques se concentrent souvent sur la vulnérabilité des locataires. Mais elle rappelle que certains propriétaires modestes se retrouvent, eux aussi, dans des situations d’extrême fragilité. Son témoignage se conclut sur une formule qui résume tout : « Et moi, en tant que petite propriétaire, personne ne me protège. On m’oblige à supporter des personnes pour lesquelles je dois payer les charges, la taxe foncière, la copropriété. Et je ne sais pas combien d’années je vais devoir rester comme ça. On m’a enlevé mes droits pour les leur donner ».
En attendant qu’une décision de justice tombe, l’appartement de la Plaza de Miraflores reste entre les mains d’inconnus que Josune n’a jamais choisis. Et ses enfants, pour qui ce logement avait été pensé, continuent d’attendre.


