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Stocker l’acide citrique dans un pot alimentaire : l’erreur qui favorise les accidents

En bref

Stocker l'acide citrique dans un pot alimentaire augmente le risque d'ingestion accidentelle car il ressemble à du sucre et perd toutes les mentions de danger, générant plus de 6 000 appels aux centres antipoison par an selon l'ANSES.

Trois points à retenir

  1. L'ANSES a recensé 33 650 accidents liés au déconditionnement de produits entre 2017 et 2021, dont certains ont entraîné des séquelles ou des décès.
  2. Le pot alimentaire fait disparaître le nom, le numéro CAS, les pictogrammes de danger et les conseils de prudence présents sur l'emballage d'origine.
  3. L'INRS et la DGCCRF déconseillent fermement de transvaser des produits chimiques dans des récipients alimentaires ; si indispensable, toutes les mentions doivent être recopiées.

La réponse en bref

Oui, c'est une erreur dangereuse : l'acide citrique dans un pot alimentaire ressemble à du sucre, perd ses mentions de danger et facilite l'ingestion accidentelle, surtout chez les enfants.

Un pot de confiture rempli de poudre blanche : une image trompeuse

Sur une étagère de cuisine, personne ne s’alarme en apercevant un ancien pot de confiture contenant une poudre blanche. Nombreux sont ceux qui y rangent de l’acide citrique acheté en vrac pour l’entretien ménager, rassurés par son image naturelle et ses usages alimentaires connus. Une fois transvasé dans un bocal ou une boîte, ce produit paraît presque inoffensif.

Pourtant, les données racontent une tout autre réalité. L’ANSES a comptabilisé, via les centres antipoison (CAP), 33 650 accidents liés au déconditionnement de produits entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2021, soit plus de 6 000 appels par an, dont certains ont entraîné des séquelles, voire des décès. Le simple geste de remplir un pot alimentaire joue fréquemment un rôle dans ces situations dramatiques.

Acide citrique et pot alimentaire : pourquoi ce réflexe augmente vraiment le risque

Placé dans un pot alimentaire, l’acide citrique ressemble à s’y méprendre à du sucre ou du sel. Le contenant lui-même envoie un signal de consommation : un enfant ou un adulte pressé peut en avaler une cuillerée sans la moindre hésitation. Par ailleurs, le couvercle ne dispose d’aucun bouchon de sécurité, contrairement à certains emballages d’origine, ce qui facilite grandement l’accès pour les plus jeunes.

L’autre danger majeur est la perte totale d’information. Le flacon ou sachet d’origine mentionne le nom précis de la substance, son numéro CAS 77-92-9, les pictogrammes de danger du système SGH de l’ONU ainsi que les conseils de prudence. Dans un pot de confiture, toutes ces informations disparaissent. En cas de projection dans les yeux ou d’ingestion accidentelle, les CAP doivent parfois deviner de quel produit il s’agit, ce qui complique considérablement la prise en charge médicale.

Transvaser l’acide citrique : ce que rappellent l’ANSES, l’INRS et la réglementation

L’ANSES, dans sa lettre Vigil’Anses consacrée au déconditionnement, décrit précisément ce mécanisme : l’emballage d’origine est jeté ou égaré, le contenu est conservé dans une bouteille ou un bocal, et l’entourage ne sait plus ce que renferme réellement le récipient. Des erreurs d’ingestion ou d’utilisation s’ensuivent, générant des appels répétés aux centres antipoison.

Le guide Chemsuisse destiné aux établissements scolaires rappelle qu’il est interdit de transvaser des produits chimiques dans des récipients destinés aux denrées alimentaires, comme des pots de confiture. L’INRS va dans le même sens en déconseillant fermement ces transvasements ; si ceux-ci s’avèrent vraiment inévitables, toutes les mentions de l’étiquette d’origine doivent être reproduites intégralement sur le nouveau contenant. La DGCCRF souligne également qu’un emballage ayant contenu une denrée alimentaire ne doit jamais accueillir un produit chimique, un principe qui s’applique tout autant à la maison.

Comment stocker l’acide citrique en poudre sans favoriser les accidents

La fiche de sécurité ICSC 0855 décrit l’acide citrique anhydre, de formule C6H8O7, comme des cristaux incolores irritants pour les yeux, la peau et les voies respiratoires. L’inhalation de poussières peut provoquer toux, essoufflement et douleurs à la gorge, tandis que l’ingestion entraîne des douleurs abdominales et un mal de gorge. Cette même fiche signale que des particules finement dispersées sont susceptibles de former des mélanges explosifs dans l’air. Elle recommande un stockage au sec, à l’écart des oxydants forts, des bases fortes, des nitrates de métaux et des métaux.

En pratique, une règle simple s’applique à tout produit ménager en poudre, y compris l’acide citrique acheté en droguerie ou en vrac :

  • Conserver autant que possible l’emballage d’origine bien fermé, avec l’étiquette lisible et intacte ;
  • Ne jamais transvaser dans un pot de confiture, une boîte alimentaire ou une bouteille de boisson ;
  • Si un transvasement est absolument indispensable, choisir un récipient non alimentaire, solide, réservé exclusivement aux produits ménagers, en y recopiant clairement le nom du produit et les mentions de danger ;
  • Si l’acide citrique se trouve déjà dans un pot alimentaire, le reconditionner dès que possible dans un contenant adapté, puis ne plus jamais utiliser ce pot pour des denrées.

La fiche ICSC précise également les premiers gestes à adopter en cas d’exposition. En cas de contact avec la peau ou les yeux, il faut rincer abondamment à l’eau pendant plusieurs minutes, en retirant les lentilles si possible, puis consulter un médecin. Après inhalation, il convient de se placer à l’air frais et de se reposer. Après ingestion, rincez la bouche et demandez rapidement un avis médical ou contactez un centre antipoison.