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Bien-être

J’ai posé une bande collante sur mon pommier en novembre : en décembre, j’ai découvert qui ravageait ma récolte la nuit

Une bande de glu, un matin de décembre et une surprise collante

C’était début novembre, les dernières feuilles s’accrochaient encore aux branches quand j’ai enroulé une bande collante autour du tronc de mon pommier. Un voisin m’avait glissé le conseil en passant, et je l’avais suivi sans trop y croire. Les nuits fraîches donnaient au jardin un air endormi, et franchement, je ne pensais pas que ce simple ruban de glu allait révéler quoi que ce soit d’intéressant.

Pourtant, un matin de décembre, la réponse était là, bien visible : des dizaines de petites silhouettes brunes, à peine 6 mm de long, toutes collées autour du tronc. Six pattes fines, une démarche rapide — elles ressemblaient davantage à de minuscules araignées qu’à des papillons. Quelques recherches plus tard, j’avais un nom : la phalène brumeuse, aussi appelée cheimatobie (Operophtera brumata). Ces femelles sans ailes grimpent chaque nuit pour pondre, et ce détail a des conséquences directes sur la récolte du printemps.

Ce qui escaladait mon pommier la nuit : la cheimatobie sans ailes

La particularité de cette espèce est frappante : les femelles ont des ailes complètement atrophiées. Elles ne volent pas. Dès leur sortie du sol, leur seul moyen d’atteindre les branches est de grimper le long du tronc, généralement de nuit. Avec leurs 6 longues pattes et leur silhouette d’environ 6 mm, elles trompent facilement l’œil des jardiniers qui les confondent avec des araignées. Le mâle, lui, est un vrai papillon brun-gris ailé qui rejoint la femelle directement sur le tronc pour s’accoupler.

Une seule obsession pour cet insecte : monter. Les adultes émergent du sol d’octobre à décembre, avec un pic d’activité en novembre, notamment après les pluies automnales. En dessous de 0 °C, ils restent immobiles. C’est entre 5 et 11 °C, lors de soirées douces et humides, que les femelles de cheimatobie sont les plus actives et progressent vers le sommet du pommier.

Pourquoi installer une bande de glu en novembre sur le pommier

La plupart des guides recommandent de poser la bande de glu dès fin septembre ou début octobre, avant le pic de sortie des adultes. Ma pose de début novembre n’a pourtant pas été inutile : les nombreuses captures de décembre ont prouvé que l’activité reste soutenue bien après les premières gelées. Les femelles de cheimatobie continuent d’émerger et de grimper jusqu’en janvier, tant que les températures nocturnes restent positives et que l’air conserve un minimum d’humidité.

Le fonctionnement du dispositif est d’une logique imparable : la bande engluée, posée sous les premières branches, intercepte les femelles qui montent à pied. Celles qui restent piégées n’atteindront jamais la couronne pour y déposer leurs œufs. Mais l’efficacité repose entièrement sur la précision de la pose. La bande doit adhérer parfaitement à l’écorce, sans le moindre espace, surtout sur un vieux tronc irrégulier dont les creux doivent être comblés. Si un tuteur est en contact avec l’arbre, il faut également le cercler, faute de quoi les insectes le contournent et rendent la protection totalement inefficace.

Ce qui attend le pommier au printemps si la cheimatobie a pu pondre

Chaque femelle dépose en moyenne 120 œufs, parfois entre 100 et 200, placés un à un sur l’écorce des petites branches, de la fin de l’automne jusqu’en janvier. Ces œufs hivernent tranquillement, puis éclosent en mars-avril, pile au moment où les bourgeons du pommier commencent à s’entrouvrir.

Les chenilles vertes caractéristiques, qui avancent en arquant le dos, s’attaquent alors pendant 4 à 5 semaines aux feuilles, aux bourgeons, aux fleurs et parfois aux jeunes fruits. Vers fin mai, elles descendent de l’arbre pour s’enfouir dans le sol et se métamorphoser. Le pommier n’est pas leur seule cible : cerisier, prunier, abricotier, châtaignier, groseillier et cassissier figurent également parmi les arbres vulnérables, surtout après un été pluvieux suivi d’un automne doux et humide. La bande collante réduit le nombre de femelles pondeuses, mais elle doit toujours être complétée par une surveillance attentive des arbres dès le retour des beaux jours.