En bref
Les personnes qui préfèrent réparer plutôt que remplacer sont motivées par le sentiment d'efficacité personnelle et le besoin de se sentir utiles, et non par la radinerie, selon les psychologues.
Trois points à retenir
- 77 % des Européens déclarent préférer faire réparer leurs appareils plutôt que d'en acheter de nouveaux, selon un Eurobaromètre.
- L'effet IKEA montre que les participants accordent une valeur nettement supérieure aux objets qu'ils ont fabriqués ou réparés eux-mêmes.
- Le sentiment d'efficacité personnelle se construit à travers des expériences de maîtrise et des réussites concrètes, selon le psychologue Albert Bandura.
La réponse en bref
Non, ces personnes ne sont pas radines. Les psychologues révèlent qu'elles sont motivées par le défi à relever, la satisfaction d'y parvenir, le sentiment d'efficacité personnelle et le besoin de se sentir utiles, l'argent n'étant pas leur première motivation.
Réparer plutôt que remplacer : de la psychologie, pas de la radinerie
Dans presque toutes les familles, il existe au moins une personne qui conserve la vieille cafetière « au cas où », démonte une lampe défectueuse au lieu d’en acquérir une neuve, ou accumule des boîtes entières de vis et de câbles récupérés. Les remarques ne tardent pas : « Tu es vraiment radin », « Achète-en une autre, tu gagneras du temps ». Cette étiquette s’installe rapidement.
Pourtant, derrière ce réflexe de réparer plutôt que remplacer, les psychologues décrivent un profil bien plus complexe qu’une simple obsession des économies. Des recherches portant sur le rapport aux objets, le sentiment de compétence et la motivation révèlent que d’autres mécanismes opèrent en arrière-plan. Et, fait surprenant, l’argent n’est pas la première motivation citée.
Comme le souligne le média espagnol Okdiario, « pendant longtemps, ces personnes ont été traitées de radines ou de gens qui refusent de dépenser ». Pourtant, ces mêmes individus passent parfois de longues heures à trouver une pièce introuvable ou à manier des outils peu familiers, pour un bénéfice financier finalement modeste. Ce qui les anime, c’est davantage le défi à relever et la satisfaction d’y parvenir que la valeur marchande de l’objet.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes
Les données vont clairement dans ce sens. D’après un Eurobaromètre, pas moins de 77 % des Européens déclarent préférer faire réparer leurs appareils plutôt que d’en acheter de nouveaux. Si beaucoup y renoncent, c’est surtout parce que la réparation s’avère trop coûteuse ou trop complexe à organiser.
Le site Sain et Naturel formule cette idée de manière éclairante : « réparer les choses est une forme d’intelligence ». Un objet endommagé devient un problème à comprendre et à résoudre, et non un simple signal invitant à le mettre au rebut.
Fierté et sentiment d’efficacité personnelle : ce que la psychologie observe
La recherche en psychologie mobilise ici la notion de sentiment d’efficacité personnelle. Pour le psychologue Albert Bandura, cette confiance en sa propre capacité d’action se construit à travers des « expériences de maîtrise », autrement dit des réussites concrètes et tangibles.
Sain et Naturel résume bien cette idée : « La confiance survient souvent après la phase délicate des essais, des échecs, des nouvelles tentatives et de la découverte que le monde ne s’écroule pas lorsque la première tentative est maladroite ». Chaque appareil remis en état représente alors une petite victoire qui s’accumule.
Un autre éclairage décisif vient d’une étude publiée en 2012 dans le Journal of Consumer Psychology par Michael Norton, Daniel Mochon et Dan Ariely. Ces chercheurs ont demandé à des volontaires de monter des boîtes IKEA, de plier des origamis ou d’assembler des modèles en Lego. Résultat : les participants accordaient une valeur nettement supérieure aux objets qu’ils avaient fabriqués eux-mêmes, particulièrement lorsque la tâche avait été menée jusqu’à son terme. C’est ce que l’on appelle l’effet IKEA.
Autrement dit, quand quelqu’un réussit à remettre en marche une cafetière ou une tondeuse, il ne récupère pas seulement un objet fonctionnel — il développe un attachement à cet objet et renforce sa confiance en lui.
Se sentir utile : un besoin profond, mais avec quelques limites
Le média Okdiario met également en avant « la nécessité de continuer à être utile » chez ces bricoleurs du quotidien. Réparer, c’est démontrer qu’on peut encore aider, rendre service, transmettre un savoir-faire. La théorie de l’autodétermination d’Edward Deci et Richard Ryan place justement le besoin d’être utile, de se sentir compétent et autonome, au cœur de la motivation humaine. Remettre en état le grille-pain des enfants ou le vélo d’un voisin devient une manière très concrète de se sentir reconnu et compté.
Ce goût pour la réparation s’accompagne souvent de compétences discrètes mais réelles :
- une patience authentique face aux essais et aux erreurs ;
- une bonne tolérance à la frustration lorsque « ça ne veut toujours pas fonctionner » ;
- la capacité d’apprendre seul, par l’observation ou la recherche d’informations ;
- un respect profond envers les objets, perçus comme quelque chose que l’on entretient plutôt que l’on abandonne.
Des psychologues rappellent toutefois qu’une limite existe : certaines réparations deviennent déraisonnables dès lors que la sécurité est compromise, que le coût dépasse largement celui du remplacement, ou que l’entêtement finit par épuiser tout le monde autour. La vraie question devient alors : « Est-ce que je répare par plaisir de réussir et de rendre service, ou par peur de dépenser et de jeter ? »
Dans la grande majorité des cas, la réponse pointe vers la fierté de se sentir capable et la joie sincère d’être utile — bien loin de la simple radinerie.


